Rapport mondial 2020 de Human Rights Watch – Sahara occidental

This post is also available in: Español (Espagnol) Português (Portugais - du Portugal) English (Anglais)

HRW.ORG – https://www.hrw.org/fr/world-report/2020/country-chapters/337063

Bien qu’il restait de la latitude, au Maroc, pour les discours d’opposition – tant que la monarchie et autres ” lignes rouges ” restaient à l’abri des critiques virulentes – les autorités ont continué à cibler certains détracteurs en particulier, à les traduire en justice, à les emprisonner et à les harceler. Elles ont aussi continué de faire appliquer des lois répressives, notamment vis-à-vis des libertés individuelles.

Sahara occidental

Le processus de négociation, sous l’égide des Nations Unies, entre le Maroc et le Front Polisario en vue de l’autodétermination du Sahara occidental – dont l’essentiel du territoire se trouve de facto sous contrôle marocain – est resté au point mort après la démission en mai de Horst Köhler, envoyé du Secrétaire général de l’ONU. À l’heure où s’écrit ce rapport, aucun remplaçant n’a été désigné. Le Maroc propose un plan d’autonomie sous son égide mais rejette tout référendum sur l’indépendance.

Au Sahara occidental, les autorités marocaines empêchent systématiquement les rassemblements en faveur de l’autodétermination du peuple sahraoui, et font obstruction au travail de certaines ONG locales de défense des droits humains, en bloquant notamment leur enregistrement légal. Elles ont aussi parfois battu des activistes et des journalistes, en détention ou dans les rues.

En 2019, 19 Sahraouis demeuraient en prison après leur condamnation à l’issue de procès iniques en 2013 et 2017 pour le meurtre de 11 membres des forces de sécurité lors d’affrontements ayant éclaté après le démantèlement forcé par les autorités d’un vaste camp de manifestants à Gdeim Izik, au Sahara occidental, en 2010. Les deux tribunaux s’étaient fondés presqu’entièrement sur les aveux des accusés à la police, sans enquêter sérieusement sur le fait que les accusés avaient renié ces aveux, selon eux obtenus sous la torture.

En février, les autorités ont permis à Claude Mangin, une militante pour les droits du peuple sahraoui et l’épouse française du détenu Naama Asfari, membre du groupe de Gdeim Izik, d’entrer sur le territoire marocain pour la première fois depuis 30 mois pour rendre visite à son mari. Elle a toutefois été de nouveau interdite d’accès en juillet.

Le 8 juillet, à El-Ayoun, au Sahara occidental, un tribunal a condamné Nezha Khalidi, membre d’Équipe Media, un collectif d’activistes médiatiques qui défend l’autodétermination du Sahara occidental, à une amende pour pratique du journalisme sans accréditation officielle. La police l’avait arrêtée alors qu’elle diffusait en direct une scène de rue pour dénoncer la ” répression ” marocaine.

Principaux acteurs internationaux

Afin d’appliquer des arrêts de la Cour européenne de justice déclarant que les accords commerciaux entre l’UE et le Maroc ne peuvent s’appliquer au Sahara occidental qu’avec le ” consentement de son peuple “, la Commission et le Parlement européens ont mené des consultations avec certains membres de la population sahraouie. Le Front Polisario a refusé d’y participer.

En janvier et février, déclarant avoir pris ” toutes les mesures possibles et raisonnables ” pour s’assurer du consentement de la population concernée, le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen ont approuvé les accords commerciaux avec le Maroc, ouvrant ainsi la voie à l’exploitation des ressources agricoles et piscicoles du Sahara occidental. En avril, le Front Polisario a attaqué ces décisions auprès de la Cour européenne de justice