Représailles à l’endroit des détenus de Gdeim Izik par le Maroc

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PUSL.- Les prisonniers politiques sahraouis du groupe Gdeim Izik ont été victimes de harcèlement grandissant, de mauvais traitements et de négligence médicale et placés en isolement cellulaire prolongé pendant des années.

M. Abbahah et M. Bourial sont en isolement cellulaire prolongé depuis 2017, en dépit des mesures provisoires de protection accordées par le Comité contre la torture des Nations Unies (CAT).

Les mesures provisoires émises par le Comité appellent notamment à la libération provisoire de ces prisonniers.

Mme Ana RACU, rapporteur chargée de la question des représailles a déjà évoqué le cas de M. Abbahah en août 2019. Elle a indiqué qu’il serait utile d’envisager une visite au sein du Royaume Maroc, afin d’assurer le suivi des mesures provisoires, en l’absence de mise en oeuvre.

M. Mohamed Bourial et M. Sidi Abdallah Abbahah ont été particulièrement visés ces dernières semaines.

Le Maroc ne respecte pas à nouveau ses engagements internationaux. Le Royaume signe et ratifie les Traités et Conventions dans le seul but de transformer son image sur la scène internationale, et ce, afin d’obtenir des millions en subventions et aides économiques. Pour autant, la réalité sur le terrain reste la même et le Royaume continue à mener des actions drastiques, violentes et répressives contre tous ceux-ci qui défendent les droits de l’homme.

M. Bourial a été transféré à la prison d’Ait Melloul, le 21 septembre 2020. Il a pu contacter sa famille et les a informés qu’il ne pouvait pas sortir de sa cellule et qu’il était donc enfermé dans la même cellule 24 heures sur 24. Sa cellule ne respecte pas les normes d’hygiène les plus élémentaires et est pleine de vermine.

La nourriture qui est donnée à M. Bourial est de très mauvaise qualité. Après son transfert, il n’a pas reçu ses effets personnels, tous les produits de première nécessité lui ont été confisqués.

A Ait Melloul, M. Bourial a eu un entretien avec le directeur de la prison qui lui a dit qu’il se trouvait dans un «établissement de haute sécurité» et qu’il devait donc se conformer au règlement de cette prison ou qu’il faudrait «passer à la seconde étape». Une menace claire à l’encontre du prisonnier.

M. Bourial est dans une situation de détresse physique mais aussi psychologique très grave. En effet, il a demandé à sa famille de faire savoir à son avocat, Me OULED Olfa, qu’il perdait la tête progressivement.

Face à cette situation, M. Bourial a décidé de commencer une grève de la faim la semaine prochaine.

M. Sidi Abdallah Abbahah détenu à la prison de Tiflet2 a, selon sa famille et son avocate, été victime de harcèlement et de mauvais traitements extrêmes de la part des gardiens au cours des dernières semaines.

Cette semaine, M. Abbahah devait se rendre chez le dentiste, rendez-vous continuellement reporté, mais au jour et à l’heure du rendez-vous, les gardiens ne lui ont pas permis de sortir de la cellule.

Le harcèlement a atteint un degré tel que M. Abbahah a demandé à plusieurs reprises à parler au directeur de la prison, sans succès.

Compte tenu de l’ampleur du harcèlement, M. Abbahah envisage de ne plus sortir de sa cellule , afin d’éviter les mauvais traitements de la part des gardiens. Cette décision n’est pas prise à la légère puisque M. Abbahah est déjà contraint de passer 23 heures dans sa cellule, ce qui constitue une forme de traitement inhumain.

L’état de santé de M. Abbahah est également préoccupant car il s’est vu refuser des soins médicaux pendant son incarcération.

M. Houcein Zawi, qui a été récemment transféré à la prison de Tantan, a également été victime de mauvais traitements, de harcèlement et de racisme de la part du directeur de la prison.

Ses effets personnels n’ont toujours pas été transférés de l’ancienne prison, la nourriture qui lui est donnée n’est pas comestible et le traitement discriminatoire dont il fait l’objet est une constante. M. Zawi survit uniquement grâce à la faible quantité de nourriture qu’il est autorisé à acheter à l’intérieur de la prison.

Le harcèlement et les mauvais traitements dont sont victimes ces prisonniers sont des représailles manifestes, suite à la saisine du Comité contre la Torture.

L’État marocain ne s’abstient pas seulement de mettre en œuvre les mesures provisoires du CAT mais reporte également la décision de la Cour de cassation qui doit encore se prononcer sur la légalité de l’arrêt de la Cour d’appel de Rabat.

Par conséquent, les prisonniers de Gdeim Izik sont toujours en attente d’une condamnation définitive, 10 ans après leur arrestation arbitraire.